Apprendre à catégoriser | La Petite Crèche  

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Apprendre à catégoriser

Qu’est-ce que catégoriser ?

« Catégoriser, c’est réduire la complexité du monde et mettre de l’ordre dans ses connaissances en les subdivisant en catégories. »

Jean-Louis Paour, directeur de l'UFR de Psychologie, Sciences de l'Éducation à l’Université de Provence

 

« Catégoriser c’est considérer de manière équivalente des objets, des personnes ou des situations qui partagent des caractéristiques communes. »

Sylvie Cèbe, Professeur des sciences de l’éducation à l’Université de Genève

Différents modes de catégorisation

Pour l'enfant, la réalité est découpée en scènes, événements, objets. Il organise le monde tout d'abord d'un point de vue perceptif : par couleur, forme... pour aller ensuite vers d'autres modes de catégorisation qui eux seront plus structurés et flexibles.

ORGANISATION PERCEPTIVE
  • Dès sa naissance, un enfant perçoit des différences : la voix de sa mère est différente de la voix d’une étrangère, le visage de son père n’est pas le même que celui de sa mère. La perception des différences est à la base de la catégorisation.
  • Le jeune enfant construit des catégories perceptives à partir d'équivalences physiques entre les objets. Si on présente différents objets à l’enfant, il va les associer selon leur taille, leur forme, leur couleur, leur usage,...
  • Dans sa première année de vie, le bébé apprend à catégoriser les choses dans sa tête de façon très générale. Il commence par reconnaître les catégories très différentes (ex. : les animaux et les véhicules). Ainsi, il sait qu’un chien est très différent d’une voiture.
  • L’enfant a aussi plus de facilité à catégoriser des choses qui ne se ressemblent pas. Par exemple, il arrive plus facilement à placer un dinosaure et une petite voiture dans deux catégories qu’une pomme et une balle. Plus il grandit, plus il catégorise de façon précise.
ORGANISATION THÉMATIQUE
  • Elle n'est pas fondée sur la similarité mais rassemble des éléments qui sont associés dans une même scène ou dans un même événement de la vie quotidienne. Les objets partagent une relation de contiguïté dans un même espace/temps et/ou dans un lien de causalité.

Ex : tracteur et vache appartiennent à la catégorie « ferme ».

  • Ces catégories sont fortement contextualisées, elles dépendent des expériences que les enfants réalisent quotidiennement. Leur contenu peut varier d’un individu à l’autre.
ORGANISATION TAXONOMIQUE
  • Les catégories taxonomiques (les familles) regroupent des éléments qui se ressemblent et qui partagent des propriétés communes : les animaux, les aliments, les végétaux… L’organisation de ces catégories est assez semblable d’une personne à l’autre. Il apparaît des notions de hiérarchisation.

    Aliments – fruits – fruits rouges

 

FLEXIBILITÉ

L’activité de catégoriser est d’abord perceptive puis rapidement flexible, c'est à dire que l'enfant va petit à petit comprendre qu'un même objet peut faire partie de plusieurs familles.

Exemple : la pomme peut appartenir a plusieurs catégories 

Catégorie perceptive : verte

Catégorie taxonomique : fruit

Catégorie thématique (ou fonctionnelle): ce qu’il faut pour faire une tarte aux pommes

  • Travailler la flexibilité, c'est être capable de changer rapidement de critère pour catégoriser. Il est indispensable de la mettre en œuvre le plus tôt possible, en apprenant aux enfants à classer un même objet dans des catégories différentes. L’enfant apprendra alors à identifier les nombreuses propriétés d’un même élément (perceptive, fonctionnelle, taxonomique).

Importance de la catégorisation

Lorsqu’il regroupe ses connaissances en catégories, l’enfant :

Structure et organise sa pensée
  • Il simplifie dans sa tête ce qui l’entoure, car il se concentre seulement sur certaines caractéristiques d’une chose.

Par exemple, il comprend que la voiture, le camion et la moto roulent, donc que certains véhicules ont des roues.

  • Il peut traiter la nouvelle information plus facilement. 

Par exemple, s’il sait que le chat, le chien et la souris sont des animaux, il peut supposer que le lapin est aussi un animal quand il en voit un pour la première fois.

  • Il acquiert peu à peu une représentation plus structurée du monde.

Par exemple, il place d’abord le lion dans la catégorie des « animaux », puis dans celle des « animaux à quatre pattes » et ensuite dans celle des « animaux sauvages à quatre pattes. »

 Il apprend petit à petit à réfléchir de manière plus abstraite.

  • L’enfant fait des catégories de choses de plus en plus abstraites en grandissant, comme les lettres et les nombres. Cela lui sera très utile dans ses apprentissages scolaires.
Mémorise davantage
Développe le langage, nomme avec précision, communique,

La capacité de l’enfant à catégoriser est très liée au développement de son langage. 

Découvrir le sens des mots suppose aussi de découper le monde environnant en unités, et en catégories, et d’être capable de repérer les différences et similitudes entre ces catégories.

  • Lorsque le parent nomme une catégorie pour l’enfant, il l’aide à apprendre à catégoriser. Par exemple, si le parent dit, en jouant avec des figurines : « Je place le lapin avec les animaux », il aide le tout-petit à comprendre la catégorie « animaux ».
  • À l’inverse, l’enfant qui organise les choses par catégories dans sa tête peut plus facilement enregistrer un nouveau mot. Il peut aussi plus facilement retrouver un mot dans sa tête. Par exemple, si le parent demande à l’enfant de nommer un animal et que l’enfant a bien organisé les animaux dans sa tête, il trouvera un nom d’animal plus facilement.

 

Catégoriser à La Petite Crèche :

Le rôle de l’éducatrice est de veiller à compléter et à diversifier les catégories dont l’enfant dispose.

Pendant la journée, l’enfant catégorise le monde qui l’entoure. À la crèche nous avons mis en place des outils pour l’aider :
  • Jeux rangés dans des boîtes distinctes, avec des images (la boîte des fruits, celle des légumes, celle des ustensiles de cuisine, celle des lego…). Lors du rangement des jeux, l’enfant catégorise ;
  • Jeu de loto, en donnant le nom des objets puis les propriétés des objets ;
  • Cartes de nomenclature : activité d’observation et d'association d’images ;
  • Mise à disposition d’imagiers permettant de catégoriser : livre sur les transports, sur les habits… ;
  • Activités liées à un thème : l’enfant va faire des liens entre les activités qu’il a réalisées, les comptines et les livre lus ; 
  • Activités de tri, par exemple pour reconnaître des caractéristiques : les couleurs, les formes, les tailles, textures… L’enfant différencie, nomme et catégorise. Dans cette aventure, l’observation et la mémoire sont également sollicitées. Rien de mieux que la manipulation pour commencer à identifier les couleurs, les trier et les associer, en plus d’utiliser le langage ; 
  • Activités de réalisation de collections : objets rouges, objets roulants, animaux marins … ;
  • Journées thématiques : la journée bleue, …

Il s'agit de conduire les enfants de la manipulation au « parler sur » afin qu'ils perçoivent la langue comme un objet et prennent conscience de ce qu'ils font, savent et disent. Ce travail se met en œuvre au sein d'activités de catégorisation thématique et taxonomique. La mémorisation des noms d'objets se fait avantageusement en même temps que leur catégorisation. Ainsi, il n'est pas utile d'attendre que les enfants possèdent le vocabulaire pour travailler la catégorisation. Cela se fait de manière optimale et concomitante.

À retenir :

  • La catégorisation est la base du développement intellectuel. Elle est aussi très liée au développement du langage.
  • La catégorisation permet au tout-petit de simplifier et d’organiser l’information dans sa tête.
  • Nommer pour l’enfant les noms des catégories et plusieurs objets qui en font partie l’aide à apprendre à catégoriser.

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